Chroniques, Coups de coeur

À la place du coeur d’Arnaud Cathrine

Chronique image

a la place du coeur imageÀ la place du coeur, Saison 1 
Arnaud Cathrine 
01 Septembre 2016
Robert Laffont
Collection R
243 pages

Résumé:
Mardi 06 Janvier 2015, tard dans la nuit
Caumes fête ses dix-sept ans sur un fond de Fauve, d’alcool et d’effluves de beuh. Dans l’ivresse qui anime sa soirée, Caumes croit tomber amoureux. << C’est le plus beau jour de ma vie, dis-je connement. >> 

Mercredi 07 Janvier 2015, dans la journée
<< – Il se passe un truc.

– Tu crois?
– Un truc chelou, je te dis >>

En quelques heures, la France et Caumes basculent dans la terreur. Comment concevoir la coexistence de l’amour et de la haine? Comment accepter de toucher le bonheur alors que d’autres pleurent et sont en deuil? Comment se soustraire à l’appel des écrans, du spectacle morbide des attaques en direct? Comment devenir citoyen et adulte dans un monde en déchéance? Comment vivre alors que la mort frappe à notre porte? 
Autant de questions sensibles qu’Arnaud Cathrine tentent de solutionner dans son roman À la place du coeur.

<< il est un peu plus de dix-huit heures et il fait déjà nuit noire. C’est parfaitement à l’image de cette semaine improbable : nuit noire.  >>

Impressions:
Je suis née le 06 mai 1998. Je n’ai par conséquent, aucun souvenir des attentats du World Trade Center. Les attentats du mercredi 07 Janvier 2015 furent mon 11 septembre à moi. Je ne sais pas si c’est la lassitude des tracas du monde ou bien l’incompréhension et la tristesse, mais je suis tombée malade les deux jours qui ont suivi. J’ai donc assistée, impuissante et apeurée, à l’assaut de l’épicerie casher en direct à la télévision. Comme des milliers de jeunes, je me suis perdue sur les réseaux sociaux à voir les mots complot et colère. J’ai longtemps cherché des réponses et du réconfort sans les trouver. À la place du coeur restera à jamais le roman qui aura su m’émouvoir pour enfin, m’apaiser.
 
Je me suis précipitée en librairie dès jeudi, car j’étais réellement impatiente de découvrir comment cette problématique complexe, délibérément oubliée dans la littérature Young Adult, allait enfin, être abordée. Quelle surprise! Arnaud Cathrine ne se contente pas de montrer l’incompréhension, le chagrin et la colère, il interroge son lecteur à la fois sur les enjeux et les conséquences d’un attentat. Il replace la réalité des faits sans jugement aucun, en énumérant tour à tour les questions que nous nous sommes tous posées.

De plus, je me suis beaucoup attachée aux différents protagonistes, tour à tour joyeux, inquiets, désemparés face aux évènements. En chacun, j’ai trouvé une facette de celle que je suis, de mes interrogations et de mes craintes. Si Caumes – quel joli prénom d’ailleurs – est le symbole de la passion et du questionnement, Esther évoque la sagesse et le désir tandis qu’Hakim représente le courage et la fidélité.

L’écriture est brute, parfois hachée pour témoigner le trop plein d’émotion que l’on a pu ressentir. Les mots se bousculent, se heurtent pour recréer avec fidélité le tourbillon de pensées qui anime chacun après des évènements tragiques comme ceux de janvier 2015. Glissés au hasard de la conversation, certains passages sont écrits en sms, apportant crédibilité et fluidité au récit. 

Encore une fois, Arnaud Cathrine ne se contente pas d’écrire un banal récit sur la thématique du terrorisme. L’écrivain choisit d’y lier d’autres problématiques ignorées, comme l’homosexualité, les relations sexuelles et comment affronter les discussions qui s’y rapporte avec nos parents et amis, le respect des règles, la violence, le racisme, le harcèlement scolaire ou encore, le nudisme.

Cela faisait longtemps que je n’avais pas découvert une telle pépite, que je n’avais pas eu un tel coup de coeur. Un roman poignant, terriblement vrai, qui retrace avec justesse ce que l’on a pu ressentir et se demander. Je ressors de cette lecture le coeur gros, mais indéniablement apaisée. À la place du coeur est le roman coup de poing de la rentrée littéraire, à découvrir d’urgence chez la Collection R! 

<< Ce que l’histoire nous apprend, au fond, c’est qu’il n’y a pas un enseignement à tirer une bonne fois pour toutes mais des enseignements à tirer au jour le jour. >>

4 Comments

  1. Perso, je n’ai pas beaucoup vibrer avec cette histoire… Sauf pour Esther.
    Je me permets de te faire un lien en bas de mon billet pour offrir un autre point de vue 🙂
    Au plaisir de te lire,
    Cajou

    Reply

Leave a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *